Labuleng Si, éducation et rééducation...
La journée ne fait que commencer et j'ai l'intention aujourd'hui de visiter l'intérieur du célèbre monastère, fondé en 1709. De 1 000 à 2 000 moines, venant des provinces voisines, Qinghai, Sichuan, Mongolie Intérieure, et du Gansu même, s'y sont réinstallés petit à petit. Alors qu'à son apogée il accueillît environ 4 000 moines et eût jusqu'à 138 autres monastères sous sa dépendance, il fut fermé en 1 958 par le gouvernement chinois. Il rouvrit pour le tourisme en 1970, et retrouva sa fonction de monastère en 1980 sous l'impulsion du 10ème Panchen Lama. En 2008, quelques semaines après les émeutes au Tibet, 200 moines y furent arrêtés, des effigies du Dalaï Lama et des téléphones portables furent confisqués. Depuis, les autorités auraient renforcé les dispositifs de rééducation à travers la lecture de manuels d'éducation patriotique. Leur lecture se ferait à haute voix, comme pour les mantras. Il y serait prôné le renoncement au Dalaï Lama, l'amour de la patrie et de la religion, et on y trouverait la liste d'interdits et de leur châtiment. Des tests suivraient ces séances collectives, pour identifier les récalcitrants. Je ne me souviens effectivement pas d'avoir vu à Labrang, contrairement à Ta'er Si, de photos du Dalaï Lama dans les différentes salles. Certains moines ont pu me paraître méfiants à l'égard des Occidentaux, mais doit-on pour autant en conclure qu'il leur est fait interdiction de parler aux étrangers, notamment aux journalistes (en Thaïlande, on m'a parfois prise pour une reporter !) ou s'agit-il tout simplement de défiance par rapport à l'Inconnu ? En fin d'après-midi, quand je suis allée contempler la vue depuis le haut de la colline où se trouve le mur d'exposition du grand tangka de cérémonie, je me suis assise près d'un touriste chinois qui avait sympathisé avec un moine tibétain. Ni l'un ni l'autre ne parlant anglais, nous n'avons pas pu discuter, mais leur attitude montrait clairement qu'ils auraient aimé pouvoir le faire...
Le monastère comprend 18 halls, six instituts d'étude, un stûpa doré, un hall de débat, et près de 60 000 sûtras. Dans les montagnes, on aperçoit des sortes de boîtes blanc et marron qui font penser aux édifices du monastère. A l'intérieur sont enfermés des mantras.
Je profite de la présence d'un groupe de Chinois pour m'introduire dans certaines des pièces. Le faible éclairage et l'odeur des bougies ajoute au mystère des lieux. Rapidement, le guide m'explique qu'une visite en anglais vient de démarrer. Je vais enfin pouvoir poser toutes les questions que je souhaite ! Je rejoins un groupe dans un des halls et la visite peut commencer. Le guide chinois répond à certaines de mes interrogations, mais je reste néanmoins sur ma faim. Dans chacune des pièces que nous découvrons, malgré la splendeur de certaines statues et peintures, je préfère m'abstenir de prendre des photos. Nous pénétrons dans l'entrepôt des sculptures en beurre de yack... dri.
Le talent déployé par les moines pour fabriquer des sculptures aussi éphémères et d'une telle finesse est tout à fait époustouflant. Chaque oeuvre ne durera en effet qu'une année au maximum...
La visite se termine par le Grand Hall. Les photos y sont interdites. Certains moines, assis au sol, bénissent les fidèles qui défilent devant eux, en échange d'une donation au monastère. Dans la salle de prière, des dizaines de moines récitent les mantras. Ayant obtenu l'accord du guide, un voyageur allemand et moi utilisons nos appareils photos comme enregistreur. Nous prenons garde de baisser l'objectif vers le sol, pour bien indiquer que nous ne souhaitons pas voler d'image. Un moine fonce vers moi et tente de m'arracher l'appareil des mains et de le casser, avec une violence inouïe. J'ai eu beau lui faire signe que j'enregistrais simplement, il ne veut rien comprendre et se montre d'une extrême agressivité. Un comportement bien antagoniste aux valeurs prônées par le bouddhisme...
Lorsque nous sortons, il pleut toujours. Il faut dire qu'il pleut même dans le désert en ce moment ! Il est l'heure de partir tester un cake à la tsampa et au sucre au Nomad Café, devenu mon repère habituel pour son cadre, la qualité de sa nourriture et la gentillesse de son accueil. Cette fois, mon plat s'avère particulièrement sec et indigeste.
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